07.03.2008

Mangez-moi

Force des images, sens de la métaphore : " Il arrivait avec son camion bleu, un très joli bleu, entre dur et clair un bleu de quand on était petits"... et là, je le visualise, ce bleu, je me le représente très précisément. alors que celui de la narratrice est purement subjectif, je le vois quand même, comme si elle m'entraînait dans ses images, dans sa vision des choses...

De multiple petites histoires au sein d'une grande : à partir des lumières d'un restaurant qui n'est pas le sien, elle imagine le coucher de soleil qui éclaire la salle, et puis le paradis... "un éclat doré nous enrobe, mon frère, les autres clients, et moi. Les serveurs sont eux aussi nimbés, comme par un interminable coucher de soleil. Nous sommes tous si beaux que je me demande si nous n'avons pas été transférés au paradis. Les figurines que nous sommes ont été trempées par une main habile et bienveillante dans un bain d'oubli et de langueur, des croissants irisés se dessinent sur nos pommettes et le haut de nos fronts." Les 33 livres, son arche de Noé, ses repères livresques, ivresse des mots, lie des souvenirs.. Pour le reste, elle confond, les auteurs, les époques, les histoires...

Une histoire en entonnoir. Le champ se resserre, les souvenirs se pressent, s'entrechoquent, de plus en plus fort. Les blessures se rouvrent, les plaies suppurent.  "Dans la vie tout s'enchaîne, l'erreur d'hier avec la réparation de demain, la faute du mois dernier avec le châtiment du mois suivant. Dans les rêves, en revanche, les tranches de vie sont étanches". Le temps suspend son vol, fait marche arrière, ralentit et reprend sa vitesse de croisière.

Un livre comme un fruit qu'on devine savoureux sous sa peau, son écorce, qu'on décortique soigneusement, comme une grenade, nous révélant mille et un plaisirs cachés, au premier abord.