25.01.2008
Suzanne et les ringards

Un rejeté de la société, un ex-taulard, (trois ans pour avoir fracassé des activistes d'extrême-droite) à la gueule d'Elephant Man devient garde du corps/vigile/conducteur de poids lourds. Il écoute le chant désespéré des baleines dans sa cabine la nuit. Une star de ciné a eu un accident de voiture, dans lequel elle a perdu l'amour de sa vie. Elle en profite pour goûter un anonymat précieux et fait une fugue professionnelle. Elle s'est kidnappée. Elle veut comprendre. Echapper au monde du business, monde de ringards.
Dumbo est embarqué dans la tournée d'un groupe de pseudo supers-stars du rock. Un genre de Rolling Stones punk déjantés, les mêmes délires sordides que la plupart des rock-stars qui pleurent un jour de n'avoir pas leur propre plumard, de n'avoir pas qu'une seule femme. Quoique... Il essaie de relativiser, Dumbo, "Je ne lui en voulais plus, il était tout à coup redevenu ce qu'il était et ce qu'il était seulement : un connard de joueur de rock’n’roll, inculte, égocentrique, malade, sans perspective, ni pour lui, ni pour le reste des humains." Je. Car Dumbo utilise le Je. Valérie, dans ses chapitres, parle d'Elle. Comme si elle n'avait droit qu'au jeu. Comme, si, après tout, elle n'avait pas le droit d'avoir une vraie vie, condamnée à jouer celles des autres.
Valérie fuit. S'échappe de ces regards pervers et/ou intéressés. Plein de pages, d'images, dans les journaux, de cette star de ciné "disparue", et pas une, pas une seule de Suzanne, cette jeune fille assassinée et retrouvée nue dans une baignoire de chambre d'hôtel, mais pas n'importe quelle chambre. Celle du narrateur. Un désir fou de justice s'empare de lui. Venger cette pauvre âme égarée, morte anonyme. Jusqu'à ce qu'il se demande pourquoi. User de sa force ? Encore ? Il fatigue. Il se fait vomir de pouvoir démolir aussi facilement le portrait de ceux qui peuvent pas encadrer le sien. Des fois il le ferait juste pour qu'il sachent ce que ça peut faire, d'avoir la gueule de travers. Le cœur à l'envers, aussi.
Mais il s'en foutent, tout tourne autour de leur nombril piercé, de leurs poumons troués, de ce qu'ils se mettent dans le nez, dans la gorge. Et ça, ça reste en travers de la sienne. Alors il va mener sa propre enquête, à sa manière, pas de main morte. Bien vivants au contraire, ses poings. Casser les cordes de ces petits cons de gratteux jusqu'à ce qu'ils pètent un câble. Jusqu'à la fausse note. Mais non, pas un ne crache le morceau, tous continuent de cracher la même musique. C'est l'ambiance de la tournée qui devient électrique. Il démissionne, avant qu'on ne le vire. Maintenant, il a toute liberté d'agir. Jusqu'à ce qu'il croise Valérie. Corrosif, ironique, noir, tendre, vrai. C'est tout Jean-Bernard Pouy ça.. Des écartés de la vie qui parlent et vivent la poésie de la douleur, sans douceur.
Cote : POL POU
15:15 Publié dans Livre - Secteur Adulte | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, roman, pouy, suzanne et les ringards
30.11.2007
Nous avons brûlé une sainte

Eblouissement.
Persistance rétinienne, phosphorescence, phosphène qui prend son plaisir là où y a des gènes, des similitudes. Béatitude de l'esprit qui déborde dans les veines, qui éclabousse même l'inconscient.
Les pages refermées sur elles-même, partage éternel entre elles du secret qu'elle contiennent, continuent de murmurer à l'oreille une passion silencieuse : "sa marche dansante ne fit aucun bruit", "mais avec une grande fureur silencieuse", une rage à peine contenue, une folie douce et esthète, desservie par une écriture subtile et féroce, juste et dangereuse. Toujours sur le fil, tendue et sans attente à la fois, comme ces 4 personnages qui agitent la foi de Jeanne d'Arc comme étendard, qui signent leurs actes "Arthur Rimbaud".
Jeunesse désespérée, vengeresse et aveugle, "Moi je me suicide à l'absurde. Soit j'en meurs, haché par une mitraillette, soit j'en réchappe et, de ne plus pouvoir revivre telle lumière, je serai mort le restant de mes jours." Amour inconditionnel, conditionné, réconfortant et effrayant, "Si Anna ne vient pas, je vais en dégueuler mon corps et mon âme.". Constat désabusé, "Je sens ma vieillesse s'enfoncer, s'effacer sous un sourire naissant. Cela paraît imbécile de le dire comme ça, mais je le ressens, je perds ma fliquitude. Celle-ci s'enfuit dans un grand dégoût, dans un grand absurde."
Jonglage des points de vue, l'auteur fait de nous un funambule, équilibriste des mots. "Je", "Il", intérieur, extérieur, on sait tout, on ne sait plus rien. On prend partie, on récuse. On ne peut rester indifférent. face à tant de différences, face à ce mélange des genres, si complexe, qui paraît si simple, si évident.
Maîtrise du mouvement, exécution parfaite.
Emerveillement.
Cote : POL POU
22:10 Publié dans Livre - Secteur Adulte | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, roman, policier, pouy















